2009, une vendange bénie des Dieux...
2009, Une vendange bénie des dieux…
Les trois stades importants dans le cycle végétatif de la vigne : débourrement, floraison, véraison (virement de la couleur des raisins en vert à rouge), ont eu lieu à des dates conformes à la moyenne des années précédentes. Malheureusement un orage de grêle début mai abîmait fortement le cépage merlot sur 3 ha, nous ne récolterons qu’une demi-récolte sur cette parcelle.
Le mois de juillet fût chaud, peu humide, le mois d’août également chaud et très sec, juste une pluie début août, la suivante, significative a eu lieu les 19 et 20 septembre.
Autant dire que les conditions météo étaient des plus favorables pour permettre une maturité optimum des raisins en gardant un état sanitaire aussi sain que possible. En vingt ans de Haut-Lagrange, c’est la deuxième fois que le botrytis reste complètement absent des raisins.
Le blanc.
Le Sauvignon a été ramassé le 9 septembre, beau sauvignon, très sain, avec une teneur en sucre dépassant les 12 degrés, tout en gardant une acidité un peu élevée (4 g/l) mais elle compensera celle des sémillons qui est classiquement plus faible.
Nous avons attendu jusqu’au 22 septembre pour récolter les sémillons, cette attente était rendue possible grâce à l’excellent état sanitaire des raisins, les précurseurs d’arômes ont ainsi eu le temps d’optimiser leur maturité. 11% potentiels, une acidité de 3,5g.
Actuellement, nous trouvons beaucoup de fraîcheur, d’expressions aromatiques de fruits blancs, un vin qui a une belle longueur en bouche et du volume. Sûrement, un grand blanc à boire d’ici 2 à 5 ans.
Le rouge.
Nous avons organisé la vendange pour récolter les merlots sur 6 jours afin de préserver un bon équilibre dans la maturité, sachant qu’il a une plage de maturité optimum de 4 à 6 jours pour ce cépage. Plage de maturité optimum, veut dire des raisins mûrs, qui, une fois fermentés, donneront des vins qui gardent du fruit, de la finesse et un bel équilibre.
La pluie qui est tombée les 19 et 20 septembre a fait baisser les degrés potentiels à 13,5% (ils étaient à 15 degrés potentiels avant la pluie) et gonfler les raisins qui, sous l’effet de la sécheresse, commençaient à flétrir. Les cuves finies donnent des vins d’une belle rondeur, du gras, beaucoup de finesse, du rarement vu…
Les cabernets-sauvignons ont été récoltés dès le 2 octobre jusqu’au 15 octobre, étalés sur 8 jours de travail, ceci pour respecter des maturités différentes observées lors de la mi-véraison. Les degrés obtenus étaient autour de 12,5% pour des acidités de 4 g. Aussi bien en merlot qu’en cabernet-sauvignon, les rapports alcool/acidité sont excellents Les vins obtenus ont la puissance caractéristique des cabernets-sauvignons, une belle longueur, beaucoup de finesse. Là encore, du rarement vu…
Tout s’est bien passé pendant ces vendanges, un beau temps, des raisins sains, des maturités parfaites vérifiées par la méthode Glories. Tous les feux étaient au vert. C’est en confiance que l’on aborde la période d’élevage qui permettra à ce vin à la qualité rarement égalée, de confirmer tout le bien que l’on peut penser de ce millésime 2009.
Deux évènements importants ont marqué ces vendanges.
Le professeur Yves Glories, ancien doyen de la faculté d’œnologie nous a accompagnés pour les vinifications pendant plus de quinze ans. Il était une personne avec laquelle au fil du temps, des liens de grande affection s’étaient créés. J’avais une grande admiration devant l’immensité de son savoir qui savait rester pratique. Il est décédé au printemps à la suite de grandes souffrances physiques. Sa voix caractéristique, sa démarche hésitante, ses jugements sans concessions, nous manquaient pendant ces vendanges, engendrant la mélancolie ressentie lors de la perte d’un être proche.
Mais la vie continue, c’est maintenant Marie-Laurence Porte, jeune œnologue conseil du laboratoire œnologique de Cadillac qui nous assiste. Marie-Laurence a tout de suite pris la mesure des vins que l’on fait à Haut-Lagrange, elle est une aide précieuse pour nous accompagner au quotidien dans notre quête constante de la qualité.
D’autre part, pour nous désengager d’encours bancaires aux taux prohibitifs et permettre à notre associé, une société de capital-risque de reprendre une liberté qui lui était promise depuis une dizaine d’années, nous nous sommes séparés de quelques hectares de vigne, ce qui ramène la superficie de Haut-Lagrange à 1 hectare de blanc (50% de Sauvignon, 50% de Sémillon) et 7,3 hectares de rouge (45% de Merlot, 55% de Cabernet-Sauvignon).
C’est une petite propriété en Pessac-Léognan, d’une taille moyenne si nous étions à Saint-Emilion, une propriété que l’on qualifiera de propriété à structure familiale avec une production de 6.000 bouteilles en blanc, et 50.000 bouteilles en rouge.
Une page est tournée, nous avons maintenant la tranquillité d’esprit vis-à-vis des banques qui nous ont aidés à créer Haut-Lagrange, mais qui nous l’ont fait chèrement payer !
Rendez-vous dans quelques mois pour déguster ce beau millésime 2009.
Avec les sentiments les meilleurs de Francis Boutemy
A Léognan, le 20 octobre 2009